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Mon été Elin Hilderbrand

Je n’ai pas pris de vacances cet été. Mais grâce à Elin Hildebrand, la “reine de la lecture de plage”, j’ai eu l’impression de profiter de l’été au maximum.

Elin a écrit 29 livres. Ils se passent tous à Nantucket, une île à une centaine de kilomètres de Boston, où il fait beau, où la mer est belle, où la bonne bouffe abonde, et où les gens sont riches.

C’est probablement l’élément le plus marquant de ses livres: la richesse des gens. Ce n’est pas une richesse arrogante qui cherche à se faire remarquer : c’est une richesse acquise, établie depuis longtemps. Ce sont des gens qui sont nés riches, qui ont grandi riches, qui sont entourés de gens riches, et dont la richesse n’est pas menacée. C’est l’aisance à sa plus pure expression. Et il faut bien admettre que ça fait rêver.

Je pourrais commencer à me justifier en avançant qu’il y a tout de même une critique sociale là-dedans, que les gens qui arrivent de l’extérieur voient cette opulence et en sont outrés, que la question raciale est abordée (c’est blanc comme neige à Nantucket, mais pas dans les livres d’Elin), etc. Mais on va se le dire, je n’ai pas lu dix livres de plage qui se déroulent dans un endroit pareil pour en apprendre plus sur l’inégalité des classes aux États-Unis. Je les ai lus pour m’évader, parce que ce sont parmi les livres qui m’ont le mieux permis de le faire dans ma vie.

Le type d’histoire est très varié: les deux premiers sont des policiers, le troisième est une histoire d’amour, le quatrième est un drame familial, etc. Mais ils ont tous en commun ces éléments qui font le charme constant de ses romans:

  • Un décor paradisiaque, fait de mer scintillante, de fleurs éclatantes, de grandes maisons invitantes, et de belles personnes bien habillées.
  • Des descriptions de nourriture qui me donnaient systématiquement l’eau à la bouche: fruits de mer frais, cocktails froids faits avec des ingrédients comme du champagne et des fraises fraîches; des légumes et des fruit locaux et qui regorgent de saveur; du pain fraichement sorti du four; des repas cinq services faits par des chefs cuisiniers talentueux.
  • Des gens en vacances.
  • Des gens qui tombent en amour.
  • Des lits moelleux, des chandails en cachemire, des bagues en diamant, des cheveux longs et soyeux et autres signes de richesse.

Non seulement ça, mais c’est écrit de manière impeccable. Je n’ai absolument aucune critique à faire à ce sujet-là. C’est accrocheur sans que ce soit évident, les chapitres sont d’une longueur raisonnables (ils ne terminent pas nécessairement sur un suspense, disons). C’est facile à lire sans que ce soit niaiseux, les mots sont bien choisis, les dialogues sont réalistes, le rythme est bon. C’est vraiment excellent.

Voici mes impressions, en quelques mots, de chacun des dix livres que j’ai lus cet été, en ordre plus ou moins chronologique (j’en perds des bouts vers le milieu).

Swansong

C’est un de mes préférés, c’est clair. C’est le livre qui m’a donné le goût de lire un deuxième Elin Hildebrand tout de suite après!

Je dirais que ça pourrait rentrer dans la case des romans policiers. Le chef de police de Nantucket résout un dernier mystère avant de prendre sa retraite.

Ce qui m’a charmée:

  • Les citrons Amalfi qu’une femme beaucoup trop riche fait venir d’Italie pour décorer son comptoir. Ça coûte 300 euros pour six citrons.
  • Le cocktail que son employée se prépare avec ces citrons: un French 75. J’en ai rêvé tous les jours jusqu’à ce que j’en commande un dans un resto. C’était très bon (mais ç’aurait sûrement été meilleur avec du jus de citrons Amalfi).
  • La quantité incroyable de bouffe délicieuse et d’alcool froid qui circule dans les partys absolument indécents du couple trop riche.
  • L’homme noir dont on découvre la couleur de peau naturellement au fil du récit, plutôt que dès sa première apparition comme c’est souvent le cas. C’est un personnage normal, et ça fait du bien.
  • La sensation d’être en train de brûler sous le soleil et d’être aveuglée par les reflets sur les vagues mais de s’en foutre parce qu’il y a du vent, qu’on vient de se baigner et qu’on a un verre d’un délicieux liquide glacé à notre portée.

The Perfect Couple

Swansong était un genre de policier, lui, c’en est un vrai. Il y a quelqu’un meurt et tout.

Ce qui m’a charmée:

  • Les personnages. Ils avaient l’air vivants. Ils étaient plein de failles, mais ils étaient tous empreints d’une certaine beauté malgré tout. Quand le mystère est résolu et qu’on récapitule les événements, c’était tellement clair et vivide que j’avais l’impression d’être là.

The Rumor

Deux amies dans la quarantaine ont des choses à cacher. Mais c’est très difficile d’être épargnée par le moulin à rumeurs à Nantucket.

Ce qui m’a charmée:

  • Le jardin absolument splendide que Grace (une des deux amies) met toute son énergie à créer. Sa relation, mignonne même si non catholique, avec le jardinier.
  • La réaction du mari cocu, qui m’a frappée par sa maturité.

The Identicals

Si vous aimez les situations tordues, vous serez comblés. Des jumelles identiques sont séparées dès l’enfance (l’une va chez sa mère, l’autre chez son père). Elles sont forcées de se revoir après près de quinze ans, alors qu’un événement tragique les ait éloignées.

Ce qui m’a charmée:

  • Une des soeurs (non, je ne me souviens pas de son nom). J’aurais voulu être son amie.
  • Son expérience comme gestionnaire d’une boutique de vêtements, que j’ai trouvée hautement sympathique.

The Matchmaker

Vraiment très mignonne, cette histoire. Une femme a, depuis qu’elle est petite, un don pour repérer les âmes sœurs. Elles sont entourées d’un nuage rose (et c’est vrai). Elle a mis ensemble des dizaines de couples, et tous ces couples sont des succès.

Mais elle, est-ce qu’elle a une âme sœur?

Ce qui m’a charmée:

  • Le personnage principal, qui est juste adorable. Gentille avec tout le monde, authentique, joyeuse, avec tout de même une tête sur les épaules… On veut vraiment son bonheur.

Mention au festival des jonquilles de Nantucket auquel le personnage principal participe chaque année. C’est une explosion de couleurs et de gaieté.

Here’s to Us

Un chef cuisinier réputé, qui détient le restaurant le plus dispendieux des États-Unis, meurt prématurément, et laisse dans le deuil sa femme, deux ex-femmes et plusieurs enfants. Son souhait était de rassembler tout ce beau monde dans son chalet à Nantucket à l’occasion de sa mort. Sauf que, sans surprise, toutes ces femmes se détestent.

Ce qui m’a charmée:

  • Le chef cuisinier, qu’on ne rencontre jamais de son vivant, mais qu’on finit par aimer à travers les souvenirs de tous ceux qui l’ont aimé.
  • La bouffe: une des filles du cuisinier est cuisinière aussi, et elle préparait des festins incroyables. Tout le monde semblait le prendre pour acquis, et ça me rendait folle.
  • La dynamique entre les trois ex-femmes.
  • Les personnages tellement colorés et vivants que je me suis surprise à prendre des partis. C’était étonnant à quel point j’ai pu partager la haine d’un personnage envers un autre.

Beautiful Day

Beautiful Day est le livre le plus typiquement américain du lot. L’histoire, c’est une fille qui va se marier et qui suit à la lettre toutes les instructions de sa mère décédée, qui avait une idée très précise de tout ce qui devait se passer pendant la mariage, du début à la fin. Elle savait déjà quels serviettes elle voulait qu’il y ait sur la table, qui inviter, qui devait s’assoir à côté de qui, quelle serait la palette de couleurs de la réception, etc.

La fille en deuil prépare un mariage qui dure une fin de semaine complète et qui va coûter plus de 100 000 $ à son père.

Ce qui m’a charmée:

  • Le personnage principal, la sœur beaucoup plus vieille de la mariée, qui a été désignée demoiselle d’honneur pour une raison qui lui échappe par sa mère morte et qui, comme nous, est absolument dépassée par l’absurdité de la situation.
  • La façon que l’auteure a eue de nous faire trouver le mariage malgré tout très mignon, pour vrai. On comprend que la mariée aime vraiment son mari, et que c’est réciproque. La grande sœur un peu cynique se rapproche de sa petite sœur. La mariée rompt avec sa «meilleure amie», qui était en fait une horrible amie de longue date.

C’est fou de dépenser autant d’argent et de s’assurer que chaque petit détail d’un événement si éphémère soit parfait. Mais en même temps, c’est tellement humain, c’est cute.

Summer of ’69

Summer of ’69 est celui que j’ai le moins aimé, et pour une raison évidente: je n’étais pas en vie ni proche de l’être à l’été de 1969.

Vous voyez, je ne me souviens même plus vraiment de l’histoire. Mais je me souviens que le titre de chaque chapitre est le nom d’une chanson populaire de l’époque, que les femmes buvaient de l’alcool à foison et fumaient pendant leur grossesse, qu’il était encore normal pour un homme d’exiger que sa femme reste à la maison une fois qu’elle est mariée, et que la Lune se fait fouler par des pieds humains pour la toute première fois.

Hotel Nantucket

J’ai tellement aimé celui-là, et je ne comprends pas encore pourquoi.

Un milliardaire décide d’investir 30 millions de dollars dans la reconstruction et la remise en service de l’Hôtel Nantucket, tout ça «pour impressionner deux femmes» (quelles deux femmes? Mystère). Il est londonien et ne mettra en tout qu’une seule fois les pieds dans l’hôtel. Il met une résidente de l’île en charge de la gestion.

Ce qui m’a charmée:

  • Les descriptions des cocktails luxueux et des petites viennoiseries sorties du four.
  • Le petit garçon à lunettes trop mignon qui passe l’été à jouer aux échecs dans le hall d’entrée (et qui bat tout le monde)
  • L’histoire d’amour (je ne vous dis pas laquelle, car elle est venue comme une surprise pour moi. Mais c’est sûrement parce que je suis naïve.)
  • Le bon jugement du personnage principal.
  • L’amusante histoire derrière l’investissement faramineux du milliardaire.
  • Un guide touristique de Nantucket, un vrai, écrit par l’auteure. Ses descriptions de restaurants sont vraiment délectables.

28 Summers

Une histoire d’amour moralement louche, mais qui ne manque pas d’intérêt.

Le personnage principal a hérité un petit chalet sur le bord de la mer à Nantucket et se baigne dans la mer aussi souvent que je vais au dépanneur, et je n’arrive pas à arrêter de rêver de ça.

Summer People

Probablement le livre le plus sombre de tous. Un mari et père de famille meurt trop jeune et laisse dans le deuil sa femme et ses deux enfants. Ceux-ci vont passer leur été dans leur maison de vacances à Nantucket, comme tous les étés (ahem), mais cette fois-ci, avec un invité: le fils d’une meurtrière que le père mort, avocat, a réussi à faire épargner la peine de mort.

Dans l’échelle de l’«américanisme», je dirais que c’est le deuxième plus haut dans ceux que j’ai lus. Je vous divulgâche un peu: la mère a été mariée à un homme avant de rencontrer le père, pendant deux semaines, et quand les enfants l’apprennent, ils capotent. Au moins, je n’étais pas la seule à les trouver niaiseux.

Pour finir, je tiens à vous partager une information: les maisons à 14 millions de dollars, à Nantucket, c’est loin d’être rare. En fait, le moins cher que j’ai trouvé, c’est un studio en ville (donc pas au bord de l’eau) à 1,5 millions de dollars.

Je n’ai pas fini mon aventure Elin Hildebrand. Je suis en plein milieu d’un autre de ses livres, What happens in Paradise, et il ne se passe pas à Nantucket! Incroyable! Mais je sens que je vais passer à autre chose bientôt. L’été est fini.