{"id":1668,"date":"2019-05-13T01:45:31","date_gmt":"2019-05-13T01:45:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.naimahassert.com\/?p=1668"},"modified":"2020-08-05T12:37:10","modified_gmt":"2020-08-05T12:37:10","slug":"du-cote-de-chez-swann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/prochainelecture.com\/fr\/du-cote-de-chez-swann\/","title":{"rendered":"Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Quand, dans un cours d&#8217;analyse de textes, j&#8217;ai d\u00fb lire <\/strong><em><strong>Un amour de Swann<\/strong><\/em><strong>, une des histoires \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;<\/strong><em><strong>\u00c0 la recherche du temps perdu, <\/strong><\/em><strong>j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment charm\u00e9e. Je l&#8217;ai lu comme dans un r\u00eave, les \u00e9motions \u00e0 fleur de peau, la respiration fr\u00e9missante, bien loin de l&#8217;ennui auquel \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde m&#8217;avait pr\u00e9par\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9t\u00e9, j&#8217;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de commencer et, esp\u00e9rons, de finir, l&#8217;\u00ab oeuvre cath\u00e9drale \u00bb. Mais je ne promets rien : quand j&#8217;ai appris qu&#8217;elle \u00e9tait compos\u00e9e de sept tomes (pas 2 comme j&#8217;avais l&#8217;impression), j&#8217;ai eu un malaise, car c&#8217;est une oeuvre qui ne ressemble \u00e0 aucune autre. <\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Combray<\/h4>\n\n\n\n<p>Cette partie est ax\u00e9e sur l&#8217;enfance du narrateur dans sa maison de campagne \u00e0 Combray, o\u00f9 il passait de longs apr\u00e8s-midi \u00e0 lire dans le jardin. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on rencontre de nombreux membres de sa famille, ainsi que Swann. C&#8217;est l\u00e0 aussi qu&#8217;est le fameux passage sur les madeleines (passage qui seul, hors contexte, a fait pleurer ma grand-m\u00e8re). <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, je me suis reconnue dans les propos de Proust; quand il explique ce qu&#8217;est la lecture et pourquoi elle peut autant nous toucher, notamment, mais \u00e9galement quand il \u00e9crit sur son admiration pour son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Bergotte :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Chaque fois qu&#8217;il parlait de quelque chose dont la beaut\u00e9 m&#8217;\u00e9tait rest\u00e9e jusque-l\u00e0 cach\u00e9e, des for\u00eats de pin, de la gr\u00eale, de Notre-Dame-de-Paris, d&#8217;Athalie ou de Ph\u00e8dre, il faisait dans une image exploser cette beaut\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 moi. Aussi sentant combien il y avait de parties de l&#8217;univers que ma perception infirme ne distinguerait pas s&#8217;il ne les rapprochait de moi, j&#8217;aurais voulu poss\u00e9der une opinion de lui, une m\u00e9taphore de lui [&#8230;]. Malheureusement sur presque toutes choses j&#8217;ignorais son opinion. Je ne doutais pas qu&#8217;elle ne f\u00fbt enti\u00e8rement diff\u00e9rente des miennes, puisqu&#8217;elle descendait d&#8217;un monde inconnu vers lequel je cherchais \u00e0 m&#8217;\u00e9lever; persuad\u00e9 que mes pens\u00e9es eussent paru pure ineptie \u00e0 cet esprit parfait, j&#8217;avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m&#8217;arriva d&#8217;en rencontrer, dans tel de ses livres, une que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 eue moi-m\u00eame, mon coeur se gonflait comme si un Dieu dans sa bont\u00e9 me l&#8217;avait rendue, l&#8217;avait d\u00e9clar\u00e9e l\u00e9gitime et belle.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Merveilleuse explication de ce que j&#8217;ai ressenti envers plusieurs auteurs, mais aussi envers justement celui qui \u00e9nonce cette explication. J&#8217;ai senti, tout comme lui, mon coeur se gonfler.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s cette partie, je suis tomb\u00e9e en amour avec le talent qu&#8217;a Proust de mettre en mots ses observations sur les gens et sur ses propres \u00e9motions, qui sont souvent celles de tout le monde, et qui sont <em>incroyablement <\/em>justes. Je ne croyais m\u00eame pas qu&#8217;une telle acuit\u00e9 d&#8217;observation sur la nature humaine \u00e9tait possible. Oui, les phrases sont longues, mais elles ne le sont pas inutilement: chaque mot p\u00e8se lourd et se doit d&#8217;y \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un amour de Swann<\/h4>\n\n\n\n<p><em>Un amour de Swann <\/em>est une histoire en environ 200 pages de l&#8217;amour inattendu que d\u00e9veloppe Swann, un aristocrate tr\u00e8s bien vu dans la soci\u00e9t\u00e9, pour Odette, une \u00ab cocotte \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire une femme qui a la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre \u00abentretenue\u00bb par de nombreux hommes. On suit le commencement d&#8217;un amour improbable, motiv\u00e9 surtout par la jalousie, sa continuation maladive pendant de nombreuses ann\u00e9es, puis sa fin d\u00e9sillusionn\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>200 pages des m\u00e9andres d&#8217;un esprit compl\u00e8tement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un amour qu&#8217;il essaie de comprendre, sans succ\u00e8s, et dans lequel il ne fait que s&#8217;embourber. Le tout rythm\u00e9 par une \u00abpetite phrase\u00bb musicale d&#8217;une sonate de Vinteuil (sonate fictive, ne la cherchez pas sur Spotify) qui lui apporte une sorte de r\u00e9confort. Proust d\u00e9crit cette petite phrase fictive si souvent et avec tant de d\u00e9tails, mais r\u00e9ussit \u00e0 rester flou, ce qui est tout de m\u00eame remarquable. \u00c0 sa sensibilit\u00e9 aux humains, se rajoute celle \u00e0 la musique. Quand une personne normale dirait : \u00ab \u00c7a donne plein d&#8217;\u00e9motions la musique \u00bb, voici ce que Proust \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>[&#8230;] le champ ouvert au musicien n&#8217;est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, o\u00f9 seulement \u00e7a et l\u00e0, s\u00e9par\u00e9es par d&#8217;\u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres inexplor\u00e9es, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, qui le composent, chacune aussi diff\u00e9rente des autres qu&#8217;un univers, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en \u00e9veillant en nous le correspondant du th\u00e8me qu&#8217;ils ont trouv\u00e9, de nous montrer quelle richesse, quelle vari\u00e9t\u00e9, cache \u00e0 notre insu cette grande nuit imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et d\u00e9courageante de notre \u00e2me que nous prenons pour du vide et pour du n\u00e9ant.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je me suis moins reconnue dans <em>Un amour de Swann<\/em>, heureusement pour moi, car elle raconte un amour maladif, r\u00e9ducteur, douloureux, qui d\u00e9connecte sa victime de la r\u00e9alit\u00e9 pendant tout le temps qu&#8217;elle est affect\u00e9e. On est fascin\u00e9s par les tours que peuvent nous jouer notre propre cerveau quand on essaie de justifier notre d\u00e9pendance affective envers quelqu&#8217;un qui n&#8217;en vaut pas la peine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Noms de pays : le nom<\/h4>\n\n\n\n<p>Cette partie, beaucoup plus courte, fait le r\u00e9cit de l&#8217;amour qu&#8217;a eu le narrateur pour une petite fille lorsqu&#8217;il \u00e9tait enfant. Cette petite fille, c&#8217;\u00e9tait celle de Swann. Et par analogie avec celui-ci, le narrateur vit un amour non r\u00e9ciproque, ce qu&#8217;il tente de cacher \u00e0 sa conscience pendant tr\u00e8s longtemps. Il rencontrait cette petite fille presque tous les jours dans les Champs-\u00c9lys\u00e9es; son amour est donc \u00e9troitement li\u00e9 au lieu, qui entra\u00eene une r\u00e9flexion finale sur le lien entre les lieux physiques et les souvenirs qui, on le comprend gr\u00e2ce \u00e0 une note, n&#8217;est pas achev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai pu dans cette partie me construire une th\u00e9orie : les phrases de Proust sont longues car elles suivent la r\u00e9flexion de l&#8217;auteur; mais je crois aussi que leur longueur sert \u00e0 induire un \u00e9tat m\u00e9ditatif chez le lecteur. On ne peut pas se presser avec des phrases de 15 lignes de long, on doit prendre notre temps, sinon des pans entier de la phrase nous \u00e9chappe. On peut tomber sur un pronom et retrouver son ant\u00e9c\u00e9dent seulement trois lignes plus haut; parfois il faut relire plus vite, en se d\u00e9tachant de nos notions scolaires de syntaxe pour comprendre le sens. Ce n&#8217;est que dans un tel \u00e9tat qu&#8217;on peut appr\u00e9cier le texte (c&#8217;est dans cet \u00e9tat que devait se trouver l&#8217;auteur lui-m\u00eame), et sa construction fait en sorte qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix de l&#8217;appr\u00e9cier, car si on passe au travers, c&#8217;est qu&#8217;on a compris l&#8217;essentiel. <\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai donc eu pour Proust un v\u00e9ritable coup de coeur. Son \u00e9criture me remue jusqu&#8217;au fond du ventre. Certaines phrases r\u00e9ussissent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer ma respiration, comme toujours devant un grand chef-d&#8217;oeuvre, pendant que j&#8217;attends de voir si elles vont s&#8217;essouffler, mais je ne suis que de plus en plus chavir\u00e9e en voyant qu&#8217;au contraire, elles approchent de leur apog\u00e9e. Puis quand elles finissent, je dois les relire, et je savoure leur justesse. J&#8217;ai l&#8217;impression que l&#8217;auteur parle de moi, ou de telle personne que j&#8217;ai connue, et je suis boulevers\u00e9e de voir que quelqu&#8217;un mort depuis longtemps peut me d\u00e9crire mieux que moi-m\u00eame. Il r\u00e9ussit \u00e0 exprimer dans les plus beaux mots ce que je peux \u00e0 peine remarquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&#8217;instant, je suis emball\u00e9e. Cela dit, je n&#8217;ai termin\u00e9 qu&#8217;un tome. Plus que six&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand, dans un cours d&#8217;analyse de textes, j&#8217;ai d\u00fb lire Un amour de Swann, une des histoires \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;\u00c0 la recherche du temps perdu, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment charm\u00e9e. Je l&#8217;ai lu comme dans un r\u00eave, les \u00e9motions \u00e0 fleur de peau, la respiration fr\u00e9missante, bien loin de l&#8217;ennui auquel \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde m&#8217;avait pr\u00e9par\u00e9e. 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C&#8217;est l\u00e0 aussi qu&#8217;est le fameux passage sur les madeleines (passage qui seul, hors contexte, a fait pleurer ma grand-m\u00e8re). \u00c0 plusieurs reprises, je me suis reconnue dans les propos de Proust; quand il explique ce qu&#8217;est la lecture et pourquoi elle peut autant nous toucher, notamment, mais \u00e9galement quand il \u00e9crit sur son admiration pour son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Bergotte : Chaque fois qu&#8217;il parlait de quelque chose dont la beaut\u00e9 m&#8217;\u00e9tait rest\u00e9e jusque-l\u00e0 cach\u00e9e, des for\u00eats de pin, de la gr\u00eale, de Notre-Dame-de-Paris, d&#8217;Athalie ou de Ph\u00e8dre, il faisait dans une image exploser cette beaut\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 moi. Aussi sentant combien il y avait de parties de l&#8217;univers que ma perception infirme ne distinguerait pas s&#8217;il ne les rapprochait de moi, j&#8217;aurais voulu poss\u00e9der une opinion de lui, une m\u00e9taphore de lui [&#8230;]. Malheureusement sur presque toutes choses j&#8217;ignorais son opinion. Je ne doutais pas qu&#8217;elle ne f\u00fbt enti\u00e8rement diff\u00e9rente des miennes, puisqu&#8217;elle descendait d&#8217;un monde inconnu vers lequel je cherchais \u00e0 m&#8217;\u00e9lever; persuad\u00e9 que mes pens\u00e9es eussent paru pure ineptie \u00e0 cet esprit parfait, j&#8217;avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m&#8217;arriva d&#8217;en rencontrer, dans tel de ses livres, une que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 eue moi-m\u00eame, mon coeur se gonflait comme si un Dieu dans sa bont\u00e9 me l&#8217;avait rendue, l&#8217;avait d\u00e9clar\u00e9e l\u00e9gitime et belle. Merveilleuse explication de ce que j&#8217;ai ressenti envers plusieurs auteurs, mais aussi envers justement celui qui \u00e9nonce cette explication. J&#8217;ai senti, tout comme lui, mon coeur se gonfler. D\u00e8s cette partie, je suis tomb\u00e9e en amour avec le talent qu&#8217;a Proust de mettre en mots ses observations sur les gens et sur ses propres \u00e9motions, qui sont souvent celles de tout le monde, et qui sont incroyablement justes. Je ne croyais m\u00eame pas qu&#8217;une telle acuit\u00e9 d&#8217;observation sur la nature humaine \u00e9tait possible. Oui, les phrases sont longues, mais elles ne le sont pas inutilement: chaque mot p\u00e8se lourd et se doit d&#8217;y \u00eatre. Un amour de Swann Un amour de Swann est une histoire en environ 200 pages de l&#8217;amour inattendu que d\u00e9veloppe Swann, un aristocrate tr\u00e8s bien vu dans la soci\u00e9t\u00e9, pour Odette, une \u00ab cocotte \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire une femme qui a la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre \u00abentretenue\u00bb par de nombreux hommes. On suit le commencement d&#8217;un amour improbable, motiv\u00e9 surtout par la jalousie, sa continuation maladive pendant de nombreuses ann\u00e9es, puis sa fin d\u00e9sillusionn\u00e9e. 200 pages des m\u00e9andres d&#8217;un esprit compl\u00e8tement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un amour qu&#8217;il essaie de comprendre, sans succ\u00e8s, et dans lequel il ne fait que s&#8217;embourber. Le tout rythm\u00e9 par une \u00abpetite phrase\u00bb musicale d&#8217;une sonate de Vinteuil (sonate fictive, ne la cherchez pas sur Spotify) qui lui apporte une sorte de r\u00e9confort. Proust d\u00e9crit cette petite phrase fictive si souvent et avec tant de d\u00e9tails, mais r\u00e9ussit \u00e0 rester flou, ce qui est tout de m\u00eame remarquable. \u00c0 sa sensibilit\u00e9 aux humains, se rajoute celle \u00e0 la musique. 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Il rencontrait cette petite fille presque tous les jours dans les Champs-\u00c9lys\u00e9es; son amour est donc \u00e9troitement li\u00e9 au lieu, qui entra\u00eene une r\u00e9flexion finale sur le lien entre les lieux physiques et les souvenirs qui, on le comprend gr\u00e2ce \u00e0 une note, n&#8217;est pas achev\u00e9e. J&#8217;ai pu dans cette partie me construire une th\u00e9orie : les phrases de Proust sont longues car elles suivent la r\u00e9flexion de l&#8217;auteur; mais je crois aussi que leur longueur sert \u00e0 induire un \u00e9tat m\u00e9ditatif chez le lecteur. On ne peut pas se presser avec des phrases de 15 lignes de long, on doit prendre notre temps, sinon des pans entier de la phrase nous \u00e9chappe. On peut tomber sur un pronom et retrouver son ant\u00e9c\u00e9dent seulement trois lignes plus haut; parfois il faut relire plus vite, en se d\u00e9tachant de nos notions scolaires de syntaxe pour comprendre le sens. Ce n&#8217;est que dans un tel \u00e9tat qu&#8217;on peut appr\u00e9cier le texte (c&#8217;est dans cet \u00e9tat que devait se trouver l&#8217;auteur lui-m\u00eame), et sa construction fait en sorte qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix de l&#8217;appr\u00e9cier, car si on passe au travers, c&#8217;est qu&#8217;on a compris l&#8217;essentiel. J&#8217;ai donc eu pour Proust un v\u00e9ritable coup de coeur. Son \u00e9criture me remue jusqu&#8217;au fond du ventre. Certaines phrases r\u00e9ussissent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer ma respiration, comme toujours devant un grand chef-d&#8217;oeuvre, pendant que j&#8217;attends de voir si elles vont s&#8217;essouffler, mais je ne suis que de plus en plus chavir\u00e9e en voyant qu&#8217;au contraire, elles approchent de leur apog\u00e9e. Puis quand elles finissent, je dois les relire, et je savoure leur justesse. 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Malheureusement sur presque toutes choses j&#8217;ignorais son opinion. Je ne doutais pas qu&#8217;elle ne f\u00fbt enti\u00e8rement diff\u00e9rente des miennes, puisqu&#8217;elle descendait d&#8217;un monde inconnu vers lequel je cherchais \u00e0 m&#8217;\u00e9lever; persuad\u00e9 que mes pens\u00e9es eussent paru pure ineptie \u00e0 cet esprit parfait, j&#8217;avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m&#8217;arriva d&#8217;en rencontrer, dans tel de ses livres, une que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 eue moi-m\u00eame, mon coeur se gonflait comme si un Dieu dans sa bont\u00e9 me l&#8217;avait rendue, l&#8217;avait d\u00e9clar\u00e9e l\u00e9gitime et belle. Merveilleuse explication de ce que j&#8217;ai ressenti envers plusieurs auteurs, mais aussi envers justement celui qui \u00e9nonce cette explication. J&#8217;ai senti, tout comme lui, mon coeur se gonfler. D\u00e8s cette partie, je suis tomb\u00e9e en amour avec le talent qu&#8217;a Proust de mettre en mots ses observations sur les gens et sur ses propres \u00e9motions, qui sont souvent celles de tout le monde, et qui sont incroyablement justes. Je ne croyais m\u00eame pas qu&#8217;une telle acuit\u00e9 d&#8217;observation sur la nature humaine \u00e9tait possible. Oui, les phrases sont longues, mais elles ne le sont pas inutilement: chaque mot p\u00e8se lourd et se doit d&#8217;y \u00eatre. Un amour de Swann Un amour de Swann est une histoire en environ 200 pages de l&#8217;amour inattendu que d\u00e9veloppe Swann, un aristocrate tr\u00e8s bien vu dans la soci\u00e9t\u00e9, pour Odette, une \u00ab cocotte \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire une femme qui a la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre \u00abentretenue\u00bb par de nombreux hommes. On suit le commencement d&#8217;un amour improbable, motiv\u00e9 surtout par la jalousie, sa continuation maladive pendant de nombreuses ann\u00e9es, puis sa fin d\u00e9sillusionn\u00e9e. 200 pages des m\u00e9andres d&#8217;un esprit compl\u00e8tement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un amour qu&#8217;il essaie de comprendre, sans succ\u00e8s, et dans lequel il ne fait que s&#8217;embourber. Le tout rythm\u00e9 par une \u00abpetite phrase\u00bb musicale d&#8217;une sonate de Vinteuil (sonate fictive, ne la cherchez pas sur Spotify) qui lui apporte une sorte de r\u00e9confort. Proust d\u00e9crit cette petite phrase fictive si souvent et avec tant de d\u00e9tails, mais r\u00e9ussit \u00e0 rester flou, ce qui est tout de m\u00eame remarquable. \u00c0 sa sensibilit\u00e9 aux humains, se rajoute celle \u00e0 la musique. Quand une personne normale dirait : \u00ab \u00c7a donne plein d&#8217;\u00e9motions la musique \u00bb, voici ce que Proust \u00e9crit : [&#8230;] le champ ouvert au musicien n&#8217;est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, o\u00f9 seulement \u00e7a et l\u00e0, s\u00e9par\u00e9es par d&#8217;\u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres inexplor\u00e9es, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, qui le composent, chacune aussi diff\u00e9rente des autres qu&#8217;un univers, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en \u00e9veillant en nous le correspondant du th\u00e8me qu&#8217;ils ont trouv\u00e9, de nous montrer quelle richesse, quelle vari\u00e9t\u00e9, cache \u00e0 notre insu cette grande nuit imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et d\u00e9courageante de notre \u00e2me que nous prenons pour du vide et pour du n\u00e9ant. Je me suis moins reconnue dans Un amour de Swann, heureusement pour moi, car elle raconte un amour maladif, r\u00e9ducteur, douloureux, qui d\u00e9connecte sa victime de la r\u00e9alit\u00e9 pendant tout le temps qu&#8217;elle est affect\u00e9e. On est fascin\u00e9s par les tours que peuvent nous jouer notre propre cerveau quand on essaie de justifier notre d\u00e9pendance affective envers quelqu&#8217;un qui n&#8217;en vaut pas la peine. Noms de pays : le nom Cette partie, beaucoup plus courte, fait le r\u00e9cit de l&#8217;amour qu&#8217;a eu le narrateur pour une petite fille lorsqu&#8217;il \u00e9tait enfant. Cette petite fille, c&#8217;\u00e9tait celle de Swann. Et par analogie avec celui-ci, le narrateur vit un amour non r\u00e9ciproque, ce qu&#8217;il tente de cacher \u00e0 sa conscience pendant tr\u00e8s longtemps. Il rencontrait cette petite fille presque tous les jours dans les Champs-\u00c9lys\u00e9es; son amour est donc \u00e9troitement li\u00e9 au lieu, qui entra\u00eene une r\u00e9flexion finale sur le lien entre les lieux physiques et les souvenirs qui, on le comprend gr\u00e2ce \u00e0 une note, n&#8217;est pas achev\u00e9e. J&#8217;ai pu dans cette partie me construire une th\u00e9orie : les phrases de Proust sont longues car elles suivent la r\u00e9flexion de l&#8217;auteur; mais je crois aussi que leur longueur sert \u00e0 induire un \u00e9tat m\u00e9ditatif chez le lecteur. On ne peut pas se presser avec des phrases de 15 lignes de long, on doit prendre notre temps, sinon des pans entier de la phrase nous \u00e9chappe. On peut tomber sur un pronom et retrouver son ant\u00e9c\u00e9dent seulement trois lignes plus haut; parfois il faut relire plus vite, en se d\u00e9tachant de nos notions scolaires de syntaxe pour comprendre le sens. Ce n&#8217;est que dans un tel \u00e9tat qu&#8217;on peut appr\u00e9cier le texte (c&#8217;est dans cet \u00e9tat que devait se trouver l&#8217;auteur lui-m\u00eame), et sa construction fait en sorte qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix de l&#8217;appr\u00e9cier, car si on passe au travers, c&#8217;est qu&#8217;on a compris l&#8217;essentiel. J&#8217;ai donc eu pour Proust un v\u00e9ritable coup de coeur. Son \u00e9criture me remue jusqu&#8217;au fond du ventre. Certaines phrases r\u00e9ussissent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer ma respiration, comme toujours devant un grand chef-d&#8217;oeuvre, pendant que j&#8217;attends de voir si elles vont s&#8217;essouffler, mais je ne suis que de plus en plus chavir\u00e9e en voyant qu&#8217;au contraire, elles approchent de leur apog\u00e9e. Puis quand elles finissent, je dois les relire, et je savoure leur justesse. J&#8217;ai l&#8217;impression que l&#8217;auteur parle de moi, ou de telle personne que j&#8217;ai connue, et je suis boulevers\u00e9e de voir que quelqu&#8217;un mort depuis longtemps peut me d\u00e9crire mieux que moi-m\u00eame. Il r\u00e9ussit \u00e0 exprimer dans les plus beaux mots ce que je peux \u00e0 peine remarquer. Pour l&#8217;instant, je suis emball\u00e9e. Cela dit, je n&#8217;ai termin\u00e9 qu&#8217;un tome. 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Je l&#8217;ai lu comme dans un r\u00eave, les \u00e9motions \u00e0 fleur de peau, la respiration fr\u00e9missante, bien loin de l&#8217;ennui auquel \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde m&#8217;avait pr\u00e9par\u00e9e. Cet \u00e9t\u00e9, j&#8217;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de commencer et, esp\u00e9rons, de finir, l&#8217;\u00ab oeuvre cath\u00e9drale \u00bb. Mais je ne promets rien : quand j&#8217;ai appris qu&#8217;elle \u00e9tait compos\u00e9e de sept tomes (pas 2 comme j&#8217;avais l&#8217;impression), j&#8217;ai eu un malaise, car c&#8217;est une oeuvre qui ne ressemble \u00e0 aucune autre. Combray Cette partie est ax\u00e9e sur l&#8217;enfance du narrateur dans sa maison de campagne \u00e0 Combray, o\u00f9 il passait de longs apr\u00e8s-midi \u00e0 lire dans le jardin. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on rencontre de nombreux membres de sa famille, ainsi que Swann. C&#8217;est l\u00e0 aussi qu&#8217;est le fameux passage sur les madeleines (passage qui seul, hors contexte, a fait pleurer ma grand-m\u00e8re). \u00c0 plusieurs reprises, je me suis reconnue dans les propos de Proust; quand il explique ce qu&#8217;est la lecture et pourquoi elle peut autant nous toucher, notamment, mais \u00e9galement quand il \u00e9crit sur son admiration pour son auteur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Bergotte : Chaque fois qu&#8217;il parlait de quelque chose dont la beaut\u00e9 m&#8217;\u00e9tait rest\u00e9e jusque-l\u00e0 cach\u00e9e, des for\u00eats de pin, de la gr\u00eale, de Notre-Dame-de-Paris, d&#8217;Athalie ou de Ph\u00e8dre, il faisait dans une image exploser cette beaut\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 moi. Aussi sentant combien il y avait de parties de l&#8217;univers que ma perception infirme ne distinguerait pas s&#8217;il ne les rapprochait de moi, j&#8217;aurais voulu poss\u00e9der une opinion de lui, une m\u00e9taphore de lui [&#8230;]. Malheureusement sur presque toutes choses j&#8217;ignorais son opinion. Je ne doutais pas qu&#8217;elle ne f\u00fbt enti\u00e8rement diff\u00e9rente des miennes, puisqu&#8217;elle descendait d&#8217;un monde inconnu vers lequel je cherchais \u00e0 m&#8217;\u00e9lever; persuad\u00e9 que mes pens\u00e9es eussent paru pure ineptie \u00e0 cet esprit parfait, j&#8217;avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m&#8217;arriva d&#8217;en rencontrer, dans tel de ses livres, une que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 eue moi-m\u00eame, mon coeur se gonflait comme si un Dieu dans sa bont\u00e9 me l&#8217;avait rendue, l&#8217;avait d\u00e9clar\u00e9e l\u00e9gitime et belle. Merveilleuse explication de ce que j&#8217;ai ressenti envers plusieurs auteurs, mais aussi envers justement celui qui \u00e9nonce cette explication. J&#8217;ai senti, tout comme lui, mon coeur se gonfler. D\u00e8s cette partie, je suis tomb\u00e9e en amour avec le talent qu&#8217;a Proust de mettre en mots ses observations sur les gens et sur ses propres \u00e9motions, qui sont souvent celles de tout le monde, et qui sont incroyablement justes. Je ne croyais m\u00eame pas qu&#8217;une telle acuit\u00e9 d&#8217;observation sur la nature humaine \u00e9tait possible. Oui, les phrases sont longues, mais elles ne le sont pas inutilement: chaque mot p\u00e8se lourd et se doit d&#8217;y \u00eatre. Un amour de Swann Un amour de Swann est une histoire en environ 200 pages de l&#8217;amour inattendu que d\u00e9veloppe Swann, un aristocrate tr\u00e8s bien vu dans la soci\u00e9t\u00e9, pour Odette, une \u00ab cocotte \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire une femme qui a la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre \u00abentretenue\u00bb par de nombreux hommes. On suit le commencement d&#8217;un amour improbable, motiv\u00e9 surtout par la jalousie, sa continuation maladive pendant de nombreuses ann\u00e9es, puis sa fin d\u00e9sillusionn\u00e9e. 200 pages des m\u00e9andres d&#8217;un esprit compl\u00e8tement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un amour qu&#8217;il essaie de comprendre, sans succ\u00e8s, et dans lequel il ne fait que s&#8217;embourber. Le tout rythm\u00e9 par une \u00abpetite phrase\u00bb musicale d&#8217;une sonate de Vinteuil (sonate fictive, ne la cherchez pas sur Spotify) qui lui apporte une sorte de r\u00e9confort. Proust d\u00e9crit cette petite phrase fictive si souvent et avec tant de d\u00e9tails, mais r\u00e9ussit \u00e0 rester flou, ce qui est tout de m\u00eame remarquable. \u00c0 sa sensibilit\u00e9 aux humains, se rajoute celle \u00e0 la musique. Quand une personne normale dirait : \u00ab \u00c7a donne plein d&#8217;\u00e9motions la musique \u00bb, voici ce que Proust \u00e9crit : [&#8230;] le champ ouvert au musicien n&#8217;est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, o\u00f9 seulement \u00e7a et l\u00e0, s\u00e9par\u00e9es par d&#8217;\u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres inexplor\u00e9es, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, qui le composent, chacune aussi diff\u00e9rente des autres qu&#8217;un univers, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en \u00e9veillant en nous le correspondant du th\u00e8me qu&#8217;ils ont trouv\u00e9, de nous montrer quelle richesse, quelle vari\u00e9t\u00e9, cache \u00e0 notre insu cette grande nuit imp\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et d\u00e9courageante de notre \u00e2me que nous prenons pour du vide et pour du n\u00e9ant. Je me suis moins reconnue dans Un amour de Swann, heureusement pour moi, car elle raconte un amour maladif, r\u00e9ducteur, douloureux, qui d\u00e9connecte sa victime de la r\u00e9alit\u00e9 pendant tout le temps qu&#8217;elle est affect\u00e9e. On est fascin\u00e9s par les tours que peuvent nous jouer notre propre cerveau quand on essaie de justifier notre d\u00e9pendance affective envers quelqu&#8217;un qui n&#8217;en vaut pas la peine. Noms de pays : le nom Cette partie, beaucoup plus courte, fait le r\u00e9cit de l&#8217;amour qu&#8217;a eu le narrateur pour une petite fille lorsqu&#8217;il \u00e9tait enfant. Cette petite fille, c&#8217;\u00e9tait celle de Swann. Et par analogie avec celui-ci, le narrateur vit un amour non r\u00e9ciproque, ce qu&#8217;il tente de cacher \u00e0 sa conscience pendant tr\u00e8s longtemps. Il rencontrait cette petite fille presque tous les jours dans les Champs-\u00c9lys\u00e9es; son amour est donc \u00e9troitement li\u00e9 au lieu, qui entra\u00eene une r\u00e9flexion finale sur le lien entre les lieux physiques et les souvenirs qui, on le comprend gr\u00e2ce \u00e0 une note, n&#8217;est pas achev\u00e9e. J&#8217;ai pu dans cette partie me construire une th\u00e9orie : les phrases de Proust sont longues car elles suivent la r\u00e9flexion de l&#8217;auteur; mais je crois aussi que leur longueur sert \u00e0 induire un \u00e9tat m\u00e9ditatif chez le lecteur. On ne peut pas se presser avec des phrases de 15 lignes de long, on doit prendre notre temps, sinon des pans entier de la phrase nous \u00e9chappe. On peut tomber sur un pronom et retrouver son ant\u00e9c\u00e9dent seulement trois lignes plus haut; parfois il faut relire plus vite, en se d\u00e9tachant de nos notions scolaires de syntaxe pour comprendre le sens. Ce n&#8217;est que dans un tel \u00e9tat qu&#8217;on peut appr\u00e9cier le texte (c&#8217;est dans cet \u00e9tat que devait se trouver l&#8217;auteur lui-m\u00eame), et sa construction fait en sorte qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix de l&#8217;appr\u00e9cier, car si on passe au travers, c&#8217;est qu&#8217;on a compris l&#8217;essentiel. J&#8217;ai donc eu pour Proust un v\u00e9ritable coup de coeur. Son \u00e9criture me remue jusqu&#8217;au fond du ventre. Certaines phrases r\u00e9ussissent \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer ma respiration, comme toujours devant un grand chef-d&#8217;oeuvre, pendant que j&#8217;attends de voir si elles vont s&#8217;essouffler, mais je ne suis que de plus en plus chavir\u00e9e en voyant qu&#8217;au contraire, elles approchent de leur apog\u00e9e. Puis quand elles finissent, je dois les relire, et je savoure leur justesse. J&#8217;ai l&#8217;impression que l&#8217;auteur parle de moi, ou de telle personne que j&#8217;ai connue, et je suis boulevers\u00e9e de voir que quelqu&#8217;un mort depuis longtemps peut me d\u00e9crire mieux que moi-m\u00eame. Il r\u00e9ussit \u00e0 exprimer dans les plus beaux mots ce que je peux \u00e0 peine remarquer. Pour l&#8217;instant, je suis emball\u00e9e. Cela dit, je n&#8217;ai termin\u00e9 qu&#8217;un tome. 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