{"version":"1.0","provider_name":"Next Read","provider_url":"https:\/\/prochainelecture.com\/en","author_name":"Na\u00efma Hassert","author_url":"https:\/\/prochainelecture.com\/en\/author\/naima-hassertgmail-com\/","title":"Sodome et Gomorrhe - Prochaine lecture","type":"rich","width":600,"height":338,"html":"<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"crJSL91XhZ\"><a href=\"https:\/\/prochainelecture.com\/en\/sodome-et-gomorrhe\/\">Sodom and Gomorrah<\/a><\/blockquote><iframe sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" src=\"https:\/\/prochainelecture.com\/en\/sodome-et-gomorrhe\/embed\/#?secret=crJSL91XhZ\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"&#8220;Sodome et Gomorrhe&#8221; &#8212; Prochaine lecture\" data-secret=\"crJSL91XhZ\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\" class=\"wp-embedded-content\"><\/iframe><script type=\"text\/javascript\">\n\/* <![CDATA[ *\/\n\/*! This file is auto-generated *\/\n!function(d,l){\"use strict\";l.querySelector&&d.addEventListener&&\"undefined\"!=typeof URL&&(d.wp=d.wp||{},d.wp.receiveEmbedMessage||(d.wp.receiveEmbedMessage=function(e){var t=e.data;if((t||t.secret||t.message||t.value)&&!\/[^a-zA-Z0-9]\/.test(t.secret)){for(var s,r,n,a=l.querySelectorAll('iframe[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),o=l.querySelectorAll('blockquote[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),c=new RegExp(\"^https?:$\",\"i\"),i=0;i<o.length;i++)o[i].style.display=\"none\";for(i=0;i<a.length;i++)s=a[i],e.source===s.contentWindow&&(s.removeAttribute(\"style\"),\"height\"===t.message?(1e3<(r=parseInt(t.value,10))?r=1e3:~~r<200&&(r=200),s.height=r):\"link\"===t.message&&(r=new URL(s.getAttribute(\"src\")),n=new URL(t.value),c.test(n.protocol))&&n.host===r.host&&l.activeElement===s&&(d.top.location.href=t.value))}},d.addEventListener(\"message\",d.wp.receiveEmbedMessage,!1),l.addEventListener(\"DOMContentLoaded\",function(){for(var e,t,s=l.querySelectorAll(\"iframe.wp-embedded-content\"),r=0;r<s.length;r++)(t=(e=s[r]).getAttribute(\"data-secret\"))||(t=Math.random().toString(36).substring(2,12),e.src+=\"#?secret=\"+t,e.setAttribute(\"data-secret\",t)),e.contentWindow.postMessage({message:\"ready\",secret:t},\"*\")},!1)))}(window,document);\n\/\/# sourceURL=https:\/\/prochainelecture.com\/wp-includes\/js\/wp-embed.min.js\n\/* ]]> *\/\n<\/script>","thumbnail_url":"https:\/\/i1.wp.com\/prochainelecture.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/51mlWDe50mL._SX299_BO1204203200_-2.jpg?fit=1200%2C800&ssl=1","thumbnail_width":1200,"thumbnail_height":800,"description":"Apr\u00e8s une courte pause pendant laquelle j&#8217;ai pu me reposer en lisant des phrases de longueur normale, j&#8217;ai eu de nouveau envie de continuer la Recherche du temps perdu. Les r\u00e9flexions profondes et po\u00e9tiques me manquaient. J&#8217;avais envie d&#8217;admirer les talents d&#8217;un excellent \u00e9crivain. Vraiment, Proust n&#8217;a pas d&#8217;\u00e9gal. Dans ce tome \u00e0 th\u00e9matique, nous suivons plus particuli\u00e8rement le baron de Charlus, personnage particuli\u00e8rement antipathique que nous avions d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 dans les premiers tomes. Son niveau de pr\u00e9tention et de susceptibilit\u00e9 est franchement exceptionnel, ses valeurs sont discutables; n\u00e9anmoins, il est amusant, parce qu&#8217;il est une caricature. Jusque-l\u00e0 il \u00e9tait un personnage plut\u00f4t myst\u00e9rieux, respect\u00e9 dans le monde pour une raison inconnue de moi, mais d\u00e8s les premi\u00e8res pages de Sodome et Gomorrhe, on comprend ce qui le rend int\u00e9ressant aux yeux du narrateur : il est homosexuel. La mani\u00e8re de traiter du sujet est plut\u00f4t amusante et d\u00e9licate au d\u00e9but. La rencontre de deux \u00abinvertis\u00bb et leur union est compar\u00e9e \u00e0 la parade d&#8217;une orchid\u00e9e qui, solitaire sur un bord de fen\u00eatre, attend, pour se faire f\u00e9conder, la venue d&#8217;un aussi rare bourdon. Le fier et antipathique M. de Charlus commence une danse qui consiste \u00e0 s\u00e9duire l&#8217;\u00eatre d\u00e9sir\u00e9 sans tout de fois perdre sa dignit\u00e9. Il r\u00e9ussit. Le narrateur prend alors conscience d&#8217;une toute autre vision de l&#8217;amour. Tout le reste du tome valse alors autour de ce m\u00eame M. de Charlus, qui se trouve d&#8217;autres objets de d\u00e9sir, qui tente de dissimuler aux autres ses inclinations, et qui de ce fait se montre beaucoup plus vuln\u00e9rable que ce dont on aurait pu se douter. \u00c0 mes yeux, Proust est un g\u00e9nie. Je m&#8217;attendais donc \u00e0 ce qu&#8217;il ait une vision de l&#8217;homosexualit\u00e9 novatrice pour l&#8217;\u00e9poque, une compr\u00e9hension profonde, une ouverture d&#8217;esprit sp\u00e9ciale. Ce n&#8217;est pas ce que j&#8217;ai observ\u00e9. Des quatre premiers tomes, celui-ci comporte le plus de g\u00e9n\u00e9ralisations qui passeraient tr\u00e8s mal aujourd&#8217;hui. Par exemple, dans le passage suivant, le narrateur d\u00e9crit comment la femme d&#8217;un homosexuel acquiert forc\u00e9ment un air viril, et pourquoi : On disait au minist\u00e8re, sans y mettre ombre de malice, que, dans le m\u00e9nage, c&#8217;\u00e9tait le mari qui portait les jupes et les femmes les culottes. Or il y avait plus de v\u00e9rit\u00e9 l\u00e0-dedans qu&#8217;on ne croyait. Mme de Vaugoubert, c&#8217;\u00e9tait un homme. Avait-elle toujours \u00e9t\u00e9 ainsi, ou \u00e9tait-elle devenue ce que je la voyais, peu importe, car dans l&#8217;un et l&#8217;autre cas on a affaire \u00e0 l&#8217;un des plus touchants miracles de la nature et qui, le second surtout, font ressembler le r\u00e8gne humain au r\u00e8gne des fleurs. Dans la premi\u00e8re hypoth\u00e8se &#8211; si la future Mme de Vaugoubert avait toujours \u00e9t\u00e9 aussi lourdement hommasse &#8211; la nature, par une ruse diabolique et bienfaisante, donne \u00e0 la jeune fille l&#8217;aspect trompeur d&#8217;un homme. Et l&#8217;adolescent qui n&#8217;aime pas les femmes et veut gu\u00e9rir trouve avec joie ce subterfuge de d\u00e9couvrir une fianc\u00e9e qui lui repr\u00e9sente un fort aux halles. Dans le cas contraire, si la femme n&#8217;a d&#8217;abord pas les caract\u00e8res masculins, elle les prend peu \u00e0 peu pour plaire \u00e0 son mari, m\u00eame inconsciemment, par cette sorte de mim\u00e9tisme qui fait que certaines fleurs se donnent l&#8217;apparence des insectes qu&#8217;elles veulent attirer. Le regret de ne pas \u00eatre aim\u00e9e, de ne pas \u00eatre homme, la virilise. (p. 646, La Pl\u00e9iade) On est dans une autre \u00e9poque, heureusement. Mais Proust n&#8217;a pas perdu son \u00e9loquence. Il manque la cible pour ce qui est de traiter de l&#8217;orientation sexuelle, mais les passages o\u00f9 il parle du deuil, des faiblesses humaines, o\u00f9 il fait des portraits de personnages ou qu&#8217;il d\u00e9crit des paysages, sont d&#8217;une beaut\u00e9, et je vais lancer le mot : inou\u00efe. Celui-ci, par exemple, o\u00f9 le narrateur raconte la r\u00e9surgence subite du deuil de sa grand-m\u00e8re, je l&#8217;ai relu plus de dix fois : [&#8230;] ce qui \u00e9tait contre moi c&#8217;\u00e9tait cette cloison qui servait jadis entre nous deux de message matinal, cette cloison qui, aussi docile qu&#8217;un violon \u00e0 rendre toutes les nuances d&#8217;un sentiment, disait si exactement \u00e0 ma grand&#8217;m\u00e8re ma crainte \u00e0 la fois de la r\u00e9veiller et, si elle \u00e9tait \u00e9veill\u00e9e d\u00e9j\u00e0, de n&#8217;\u00eatre pas entendu d&#8217;elle et qu&#8217;elle n&#8217;os\u00e2t bouger, puis aussit\u00f4t, comme la r\u00e9plique d&#8217;un second instrument, m&#8217;annon\u00e7ant sa venue et m&#8217;invitant au calme. Je n&#8217;osais pas m&#8217;approcher de cette cloison plus que d&#8217;un piano o\u00f9 ma grand&#8217;m\u00e8re aurait jou\u00e9 et qui vibrerait encore de son toucher. Je savais que je pourrais frapper maintenant, m\u00eame plus fort, que rien ne pourrait plus la r\u00e9veiller, que je n&#8217;entendrais aucune r\u00e9ponse, que ma grand&#8217;m\u00e8re ne viendrait plus. Et je ne demandais rien de plus \u00e0 Dieu, s&#8217;il existe un paradis, que d&#8217;y pouvoir frapper contre cette cloison des trois petits coups que ma grand&#8217;m\u00e8re reconna\u00eetrait entre mille, et auxquels elle r\u00e9pondrait par ces autres coups qui voulaient dire : \u00abNe t&#8217;agite pas, petite souris, je comprends que tu es impatient, mais je vais venir\u00bb, et qu&#8217;il me laiss\u00e2t rester avec elle toute l&#8217;\u00e9ternit\u00e9, qui ne serait pas trop longue pour nous deux. (p. 762-763) J&#8217;ai encore une fois eu du plaisir \u00e0 lire ce roman. Il demande du travail, on peut se fatiguer et m\u00eame s&#8217;ennuyer par bouts, mais il procure une exp\u00e9rience qui touche \u00e0 la m\u00e9ditation et fournit de la beaut\u00e9 \u00e0 n&#8217;en plus savoir quoi faire."}